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COMMENTAIRE
Si
nous comptons le nombre de reprises selon l’année, nous nous
rendons rapidement compte d’un élément qui peut fausser nos
considérations : l’énorme différence entre les reprises
enregistrées dans les 10 dernières années et celles antérieures
à 1995.
Ce
que nous constatons a certainement pour origine une plus grande
production dans les années plus récentes, mais ceci peut aussi
être déterminé par la plus grande difficulté à repérer des
informations sur les disques publiés il y a 30 ou 40 ans. Cette
seconde possibilité se décline à son tour en deux autres
éléments : la difficulté fondamentale à trouver des
informations sur des chansons existantes mais dont la trace a
disparu et la difficulté à connaître l’année réelle de
publication d’un disque, information qui, elle non plus, n’est
pas facilement disponible.
Mon
sentiment est que, si pour les 10 dernières années j’ai réussi
à rassembler une grande partie des reprises réellement existantes,
pour ce qui concerne les années 60 et 70, il y a au contraire,
encore plus à découvrir. Je le pense, car de temps en temps, il m’arrive
de découvrir sur Ebay ou chez d’autres revendeurs de disques d’occasion
certains 45 tours ou EP de chanteurs qui n’ont pas rencontré un
succès durable, et pour lesquels il est donc inenvisageable une
réimpression de leurs disques et non plus, par conséquent, d’obtenir
un minimum d'information sur les pages Web de passionnés de
musique.
Le
seul moyen pour les découvrir est de ratisser les bouquinistes, en
ligne ou en ville, et il s’agit, en conséquence, d’une
entreprise théoriquement sans fin !
Ne
pouvant inventer ce que je ne connais pas, je propose une petite
ébauche d’interprétation du tableau numérique ci-contre.
Je
dirais que l’on peut remarquer, malgré tout, que jusqu’à la
moitié des années 60, les reprises sont presque toutes en
français. Alors, le monde de la musique était moins
« mondialisé » ou peut-être, peut-on dire au mieux, qu’à
cette époque les exportations dans ce domaine étaient
unidirectionnelles, des USA vers le reste du monde, vu que le Rock’n’Roll
dominait.
Par
chance, les Beatles, les Stones et d’autres ont donné vie à la
« British Invasion », constituant une parenthèse d’une
quinzaine d’années, dont la période New Wave. Durant cet
intervalle la musique a été bipolaire. Il me semble opportun de
signaler que la première reprise en anglais que je connaisse n’est
rien de moins que celle de l’immense Sam Cooke, qui en 1960, a
inclus une belle version Soul de « Quand on n’a que l’amour »
sous le titre « I Belong To Your Heart », dont je n’ai
pas trouvé, par ailleurs, d’autres versions avec cette
traduction. La première traduction dans une autre langue de
« Ne me quitte pas » est, au contraire, l’œuvre de
Gino Paoli qui l’a fidèlement traduite en italien en 1962 sous le
titre « Non andare via ».
Vers
la fin des années 60 et au tout début des années 70, nous voyons
l’amorce d’une première et légère hausse dans le nombre des
reprises, conséquence de la première édition de la comédie
musicale « Jacques Brel Is Alive and Well and Living In
Paris » mais aussi de l’intérêt que Brel suscitait chez
les chanteurs de l’époque : les italiens (Lauzi, Gaber,
Pagani), les américains liés au Folk et au pacifisme (Baez,
Collins) et les anglo-américains, grâce à la première et ample
diffusion de « Ne me quitte pas » (Damita Jo, Frank
Sinatra, Tom Jones). C’est aussi la conséquence du travail d’adaptation
(que je considère néanmoins comme néfaste) réalisé par Rod
McKuen et à la fascination rapide de Scott Walker, le premier grand
auteur culte profondément influencé par Jacques Brel.
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